25 octobre 2026

Reds…dans le meilleur des mondes 1/7

Préambule…

Cette série de sept articles consacrés à l’histoire non officielle du club rouge ne prétend nullement retracer l’intégralité des 130 années d’existence du Liverpool Football Club. L’ensemble de cette recherche fera l’objet d’un ouvrage.

Un club, une histoire…

Parlez du Liverpool Football Club à une assemblée composée d’amateurs de football et vous aurez droit, en retour, aux habituels poncifs, généralement empreints d’émotion et largement positifs. Un club hautement respectable. Une grande histoire symbolisée par ses supporters massés dans la tribune du Kop et par son manager légendaire, l’Écossais Bill Shankly. Des fans capables de chanter et de soutenir leurs favoris jusque dans la défaite. Un club marqué par deux catastrophes, le Heysel et Hillsborough. Et puis Liverpool, c’est aussi les Beatles, une ville rebelle qui aurait résisté au thatchérisme. Des valeurs morales, une identité populaire et tout ce qui accompagne désormais la légende.

De nos jours, le LFC, récemment sacré champion d’Europe pour la sixième fois de son histoire et champion du monde des clubs — une mascarade commerciale organisée en fin d’année par les instances de la FIFA — occupe le devant de la scène sportive. Le club rouge s’apprête alors à remporter le titre de champion d’Angleterre, qu’il n’a plus inscrit à son palmarès depuis trente ans. Les choses semblent bien engagées et la FA, sous la pression des intérêts économiques, ferait le nécessaire pour permettre au club rouge d’aller jusqu’au bout. Oui, Liverpool est un club singulier, suivi par des millions de passionnés à travers le monde. Un club prétendument socialiste, présenté comme le porte-étendard du peuple rouge…

Croyances

À la lecture de l’historiographie consacrée au club rouge, un fait apparaît rapidement : on touche au sacré. Page après page, nous sommes en présence d’une véritable liturgie, gravée dans le marbre. Cette représentation n’a pourtant jamais suscité de véritable interrogation chez la plupart des amateurs de football, et moins encore chez les professionnels de l’information. Pas davantage chez certains historiens ou chez les adversaires du LFC. Il existe finalement très peu d’ouvrages sérieux ayant entrepris d’étudier en profondeur l’histoire du club rouge.

L’essentiel des publications demeure ciblé. Elles se concentrent principalement sur la période Shankly et multiplient les récits, parfois anecdotiques, parfois trompeurs, destinés notamment aux générations successives de supporters. David Peace, figure emblématique d’une certaine littérature footballistique britannique, constitue ce qui se fait de plus visible dans ce domaine. Seul l’écrivain David Kennedy semble avoir véritablement abordé les origines du club rouge et, conjointement, celles du club d’Everton, en s’intéressant notamment au contexte du sectarisme religieux qui imprègne alors la ville de Liverpool.

Parangon de la morale

C’est donc en apparence un exercice périlleux que de vouloir mettre à nu l’histoire de ce club, car au-dessus de tous soupçons a travers une petite série composé de sept articles. En apparence, car je n’ai que faire de  cette institution sportive membre de l’oligarchie des clubs de football européen. En matière de football, le club qui à travers ses instances dirigeantes, ses supporters et les médias qui font sa promotion, hurle à la morale chaque jour qui passe à souvent plus d’une chose a dissimulé. À travers cette série de sujet, nous allons comprendre les multiples raisons qui ont amené les écrivains, historiens et médias à nous présenter le club rouge sous une vision idyllique. Un récit bien éloigné de la réalité.

Périodes

L’histoire du club rouge se scinde en quatre périodes distinctes. La première commence à la naissance du club en 1892 et s’achève dans les années vingt. La deuxième s’étale sur quarante ans. La troisième commence avec l’arrivée du manager écossais Bill Shankly à Anfield et se termine vers la fin des années quatre-vingt. La quatrième se résume en un seul mot. L’après !

Naissance

Le Liverpool Football Club est créé le 4 mai 1892 par John Houlding, un brasseur local membre du club d’Everton et propriétaire du terrain d’Anfield sur lequel joue  l’équipe d’Everton. John Orrell un autre brasseur est propriétaire d’une partie du terrain d’Anfield. À la suite de la décision d’augmenter le loyer pour l’utilisation de son terrain, les dirigeants du club d’Everton refusent de payer le prix exigé par Houlding et mettent le cap sur un terrain situé non loin d’Anfield, Goodison. La désertion d’Anfield contraint Houlding à créer un nouveau club. Il restera à jamais des points d’interrogation sur cette séquence, néanmoins on peut avancer.

Houlding caressait le projet de fonder son propre club, le tout guidé par son sectarisme religieux. Orangiste, il ne se sentait pas en situation de cohabiter plus longtemps dans un club composé de catholiques à tous les niveaux. Houlding avait flairé que le football pouvait s’avérer être une bonne affaire à terme. Peu après cette « scission », Houlding rachète à John Orrell, les parcelles de terrain adjacent au terrain d’Anfield.

Un board orangiste

L’aspect religieux est central à la naissance des clubs d’Everton et Liverpool. On observe des divergences profondes entre les deux entités. Le board d’Everton est composé de plus de trois cents actionnaires. Il en est tout autre chez le voisin d’Anfield. Les quelques notables qui accompagnent John Houlding dans son entreprise sont des hommes d’affaires, francs-maçons, membre de l’ordre orangiste. Il en résulte un club sectaire. En 1897, John Houlding est élu maire de Liverpool. Il disparaît cinq années plus tard.

Football

Le LFC débute dans le championnat du Lancashire. John McKenna orangiste et ami d’Houlding, forme une équipe composée presque exclusivement de joueurs écossais. Liverpool rencontre le succès. Le LFC qui ne joue pas encore en rouge. La formation de John Houlding arbore une tenue bleu marine et ciel et elle remporte trois trophées locaux. Le LFC intègre la seconde division pour la saison 1893-1894. Le club remporte le titre et accède à l’élite. L’année suivante, le LFC redescend aussitôt à l’étage inférieur puis remonte l’année d’après. En 1901, le LFC qui joue désormais en rouge remporte son premier titre de champion d’Angleterre.

John McKenna

Ces succès jouent un rôle déterminant dans la petite guerre que se livrent alors les clubs pour attirer un public de plus en plus nombreux. Titrés sur le plan national, Everton et Liverpool parviennent progressivement à écarter leurs concurrents potentiels sur les bords de la Mersey. En 1906, fort d’un deuxième titre de champion d’Angleterre, le board d’Anfield décide de reconstruire le stade.

Le projet est confié à l’architecte écossais Archibald Leitch, spécialiste de la construction de stades. Les anciennes travées en bois sont démontées et remplacées par une véritable enceinte composée de quatre tribunes distinctes, pouvant accueillir environ 50 000 spectateurs. Le stade est couvert, à l’exception d’une tribune qui prendra le nom de Spion Kop.

Si le terme  « Kop » est né à Londres, où il désignait notamment une tribune associée aux supporters du Woolwich Arsenal, l’appellation est reprise par Ernest Edwards, rédacteur en chef de la rubrique sportive du Liverpool Echo.

Le terme fait référence à la guerre des Boers en Afrique du Sud. La forme de la tribune rappelle en effet une colline appelée Spioenkop, théâtre d’un affrontement entre les forces de l’Empire britannique et les combattants boers. Le pouvoir change. La disparition de John Houlding entraîne une recomposition du board d’Anfield.

Alice, fille du fondateur du club et son héritière, décide alors de se désengager du LFC. Elle considère que le coût du développement du club est devenu trop important et préfère privilégier la sauvegarde de l’entreprise familiale, qui compte alors une vingtaine de brasseries. Celles-ci sont confrontées à une concurrence croissante ainsi qu’à une législation de plus en plus contraignante en matière de monopoles.