Alors qu’il célèbre avec ses joueurs le premier titre continental de l’histoire du club, Howard Kendall, manager d’Everton, semble toucher au sommet de son projet sportif. Sa formation vient de remporter le championnat d’Angleterre et d’inscrire son nom au palmarès de la Coupe des vainqueurs de coupe. Quelques jours seulement après ce succès, la tragédie du Heysel frappe cependant le football anglais avec une violence sans précédent.
Pour Kendall, le rêve de conquérir la Coupe des champions s’effondre alors même qu’il dispose d’une équipe qui est en mesure de s’imposer durablement sur la scène européenne. L’exclusion des clubs anglais des compétitions continentales prive ainsi Everton de la possibilité de prolonger cette présence au plus haut niveau européen. Peu après, quelques joueurs dépités quittent le club, parmi lesquels Andy Gray, tandis que Kendall finit lui-même par poursuivre sa carrière en Espagne, à Bilbao.
Le Heysel ne provoque pas l’effacement du FC Liverpool mais bel et celui d’Everton. La trajectoire des deux clubs doit être rapportée à leurs conceptions respectives du jeu. Liverpool, dont le style évolue alors vers une forme de football plus classique, vertical et fondé sur un engagement physique important, parvient à maintenir une certaine continuité sportive. Everton, à l’inverse, s’inscrit dans une logique différente. Le club s’appuie avec davantage de constance sur les principes du global kick, souvent réduit, à tort, à la catégorie de « kick and rush ». Cette réduction lexicale masque la complexité d’une culture-jeu qui ne saurait être ramenée au concept d’un jeu aérien primaire.
Malgré les bouleversements provoqués par le Heysel et les départs qui s’ensuivent, Everton ne renonce pas pour autant à cette identité. Le club poursuit son développement en s’appuyant sur les principes qui ont contribué à sa réussite et repart à la conquête des compétitions nationales. Cette trajectoire témoigne ainsi d’une volonté de préserver une culture-jeu spécifique, là où les transformations du football anglais et son isolement temporaire de la scène européenne modifient progressivement les conditions dans lesquelles celle-ci peut se déployer.
La saison suivante, Howard Kendall revient au bercail. Cependant, certaines choses ont changé. Il constate que la plupart des formations qui pratiquaient le global kick ont peu à peu abandonné cette philosophie de jeu pour revenir à une expression plus traditionnelle. Il convient toutefois de noter que plusieurs clubs anglais, et non des moindres, n’ont jamais sacrifié à la mode du global kick, restant fidèles à un jeu vertical et rugueux, à l’image de Manchester United.
Kendall conserve le kick comme fondement de son animation offensive, mais se résout progressivement à suivre le courant dominant. Il réintroduit ainsi au sein du club liverpuldien une approche plus verticale, davantage fondée sur la recherche de la profondeur et la projection rapide du ballon vers l’avant. Everton au tout début des années quatre-vingt-dix est ainsi le dernier club régulièrement pensionnaire de l’élite du football anglais à abandonner le global kick.
C’est une période où tout semble se coaliser dans le football anglais. Le capitalisme artisanal, progressivement appelé à disparaître, cède sa place à un capitalisme de type transnational qui transforme en profondeur la gouvernance des clubs. Dans le même temps, le hooliganisme commence soudainement à perdre de son importance, non pas uniquement sous l’effet de l’action de l’État, mais aussi parce que, en tant qu’agent de déstabilisation au sein des tribunes, il a contribué à en redessiner les contours et, par là même, à modifier la composition sociale du public.
Enfin, le jeu pratiqué par les différentes formations du pays se docilise, et engendre l’ouverture croissante du football anglais à l’étranger.
