10 octobre 2026

Frank Kulick : pilote de Henry Ford

Alors que débute le nouveau siècle, Henry Ford n’est encore qu’un réparateur automobile tourné vers la construction et la mise au point de prototypes destinés à différentes compétitions. Pourtant, ses associés le contraignent à lancer une voiture sur le marché. Quelques mois plus tard, Ford présente le modèle A, destiné à une clientèle aisée. Avec son équipe, il met au point cette première automobile et en confie le développement, en partenariat, à un jeune pilote : Frank Kulick.

L’entreprise Ford ne pèse pas grand-chose sur le marché. En fait, Ford se fout de ce premier modèle. Construire pour les riches ne l’intéresse pas, même si le model A se vend bien et apporte beaucoup d’argent à Ford et ses associés. Celui qui n’est pas encore le plus grand citoyen Nord-Américain du XX siècle pense à créer une voiture abordable pour tout le monde. Tour à tour, Ford et Kulick avalent les kilomètres. Les deux hommes tirent de précieux enseignements de leurs essais, ce qui conduit à la production de nouveaux modèles, puis finalement du modèle T. Une philosophie se dégage ; construire des véhicules, léger, compact et rapide.

C’est adolescent que Frank Kulick, né dans le Michigan rejoint la ville de Detroit. Fasciné par les débuts de l’automobile, il trouve un poste dans une petite entreprise automobile. Peu de temps après, Kulick fait la connaissance d’Henry Ford. Le jeune chef d’entreprise cherche un pilote d’essai pour développer ses différents prototypes. Barney Oldfield et d’autres pilotes on tour a tour piloté pour la maison Ford, sans pour autant donner satisfaction à Henry Ford.

Peu après, Kulick s’engage pour la petite Ford Motor Company. Passionné par la vitesse, Ford tiens son pilote. Dès lors les deux hommes finalisent le prototype model K avec un moteur six cylindres. Tour à tour, Ford et Kulick s’engagent dans plusieurs épreuves aux quatre coins des Etats-Unis et remportent quelques victoires.

Atlantic City, État du New Jersey, 1905. Henry Ford pose avec des journalistes, alors que Frank Kulick s’occupe des derniers réglages sur le model K.

Pour Henry Ford, pilote et constructeur automobile, c’est une grande fierté de glaner des victoires au volant de sa propre voiture. Ses succès donnent un retentissement considérable à l’entreprise. Avec l’introduction de la Ford T sur le marché, Ford renonce toutefois à la compétition et aux records de vitesse, laissant à Frank Kulick le soin d’être le seul et unique pilote officiel de la marque.

Installé à Dearborn, dans la banlieue de Détroit, Ford va de succès en succès avec son modèle T et parvient à racheter les parts de tous ses associés. Il peut ainsi se consacrer pleinement à sa grande œuvre sociale. Seul et unique propriétaire de son outil de production, Ford met alors en place une véritable politique sociale. Créateur du ruissellement au sens réel du terme, il considère que les bénéfices de son entreprise ne doivent pas seulement lui revenir ni être réinvestis dans la recherche et le développement, mais également profiter à l’ensemble de ses employés. Un capitalisme social porté à son paroxysme. Dès lors, Wall Street lui déclare une guerre sans fin.

C’est en 1903 que Frank Kulick obtient sa première victoire. Il s’impose lors d’une course de cinq miles disputée sur le circuit du Detroit Driving Club, à Grosse Pointe, dans le Michigan. Peu après, il commence à enchaîner les succès, ce qui fait de lui un pilote très coté dans le monde de la course automobile aux États-Unis.

En novembre 1904, il inscrit à son palmarès la Coupe internationale à Yonkers, sur l’ovale en terre battue d’Empire City, dans l’État de New York, au volant d’une petite Ford de 20 chevaux. Légère, compacte, fiable et suffisamment rapide pour l’emporter face à des adversaires disposant de montures beaucoup plus puissantes : toute la philosophie Ford est déjà résumée dans cette voiture. En 1924, Henry Ford le récompense en le choisissant pour conduire la dix-millionième Ford Model T lors d’une tournée publicitaire à travers les États-Unis.

En 1929, Frank Kulick se retire. Toutefois, il ne rompt pas avec la maison Ford et reste en relation étroite avec le grand patron. Bien qu’il s’oriente vers d’autres secteurs d’activité, notamment l’immobilier, Kulick ne se fait pas prier pour prodiguer quelques conseils aux ingénieurs de Ford ainsi qu’aux nouveaux pilotes qui lui ont succédé. Dans les années 1950, il s’installe en Floride, où il repense au temps béni où, aux côtés du patron, il parcourait les différents circuits et pistes du pays en quête de la gloire. Frank Kulick s’éteint en 1968. En 1992, il est intronisé au Michigan Motor Sports Hall of Fame.