Mauvais procès
Dès le début du XXᵉ siècle, deux styles de football se répandent en Perfide Albion, chacun dans son univers. Celui pratiqué en club et celui de la sélection. Le jeu anglais pratiqué en club est une conquête et une production de la working class. Pas de tergiversation, pas de séquences faites d’attente ou de rupture. C’est du box-to-box. Le football de sélection, apanage d’une certaine élite, au même titre que les instances fédérales et le corps arbitral, s’inscrit, lui, dans un cadre académique.
Football séparé
Le football de club anglais s’est toujours renouvelé sans jamais emprunter la moindre idée novatrice en matière de jeu à l’extérieur, hormis la passe introduite par les Écossais — là aussi, le doute subsiste —, tout en restant, bon an mal an, compétitif. C’est là que les tenants du « les Anglais sont dépassés » affichent leurs pâles arguments. Il faut être dans le déni pour juger le football anglais d’avant-guerre, entre 1920 et 1940, au travers des résultats de la sélection nationale. C’est surtout la preuve que l’on n’a pas travaillé la question.
La sélection a toujours été vue par les élites du pays comme un outil de domination sur le football de club, celui de la working class. Toutefois, le jeu pratiqué par les clubs franchit le seuil des bureaux de la FA après la fin du premier conflit mondial. Le football de club prend progressivement le pouvoir. Certes, la sélection anglaise reste dirigée par un comité de cadres de la FA, mais c’est un entraîneur officiant le plus souvent dans les clubs londoniens qui s’occupe de la gestion des joueurs lors des rassemblements au camp de base de la FA.
Ce fonctionnement produit des joueurs en mode autogestion durant les matches. L’autogestion de groupe dans les clubs de football n’est pas née sur les rives du Río de la Plata, mais en Angleterre. Absente lors des trois premières Coupes du monde, la FA n’est alors plus membre de la FIFA. Cette situation est due aux multiples querelles qui opposent les dirigeants anglais aux représentants des autres fédérations sur un tas de dossiers, dont celui du professionnalisme.
Depuis, beaucoup de spécialistes de la question footballistique pensent que cette situation a permis aux Anglais de ne pas s’aligner lors de ces Coupes du monde afin d’éviter de prendre des déculottées. D’autres affirment que c’était dû au fait que les élites de la FA considéraient que le football anglais était supérieur et qu’il n’avait donc pas besoin de se mesurer aux meilleures nations.
La vérité du terrain
De 1930 à 1939, la sélection anglaise se confronte à plusieurs reprises à des adversaires de qualité. Quatre matches retiennent particulièrement l’attention : ceux contre la Tchécoslovaquie, finaliste du Mondial 1934, la Hongrie, finaliste du Mondial 1938, et deux rencontres face à l’Italie, double championne du monde en 1934 et 1938.
Les Tchèques et les Magyars ne pèsent pas lourd face aux Three Lions. Quant à l’Italie, la double confrontation accouche de deux rencontres hachées. La première, connue sous le nom de bataille d’Highbury, voit l’Angleterre l’emporter sur le score de trois buts à deux. Meazza sauve l’honneur de la Squadra Azzurra. Lors du déplacement à Milan, les Anglais prennent cette joute au sérieux et emmènent avec eux un staff étoffé, dont des cuisiniers et leur propre nourriture.
Dans une rencontre équilibrée, l’Angleterre prend l’avantage à deux reprises. En fin de match, Piola arrache le match nul en contrôlant le ballon de la main. Une faute que l’arbitre ne voit pas. Au vu des prestations de la sélection nationale, on ne peut donc affirmer que les Anglais étaient dépassés. Mieux encore : ils battent à deux reprises l’Allemagne qui, certes, n’est pas encore une sélection de très haut niveau, mais qui situe néanmoins le niveau de la sélection anglaise…
