La victoire de la Norvège face à l’Italie au stade de San Siro a résonné comme un coup de tonnerre dans le monde du football, pourtant, cette large victoire était prévisible, vu l’écart qui sépare les deux sélections en terme de niveau.
La presse dans son ensemble éprouve beaucoup de problèmes à expliquer le niveau du football de club transalpin et celui de la Squadra Azzurra depuis des années. Les amateurs de football ne cessent de pointer le niveau de la formation et le fait que l’on ne donne pas la chance aux jeunes joueurs. Certains sont allés plus loin en accusant une société dans laquelle les sexagénaires aux postes de décision freinent l’éclosion des jeunes. Il y a un peu de vrai dans tout ça, néanmoins, le sujet est ailleurs.
Autarcie
Suite au triste mondial 66, la Fédération italienne de football décide de fermer l’accès des clubs italiens aux joueurs étrangers pour une durée indéterminée. La présence d’éléments non sélectionnables était le plus souvent le fait de deux à trois joueurs par club, ce qui était fort peu à cette époque, mais jugé suffisamment important en haut lieu pour en arriver à une telle décision. Malgré une victoire à l’Euro et une finale de Coupe du monde, la Nazionale s’appuie sur un socle de joueurs expérimentés. Dès lors le football de club italien glisse lentement dans une forme d’autarcie.
Le résultat ne se fait pas attendre. Au milieu des années soixante-dix et quatre-vingt, le football transalpin accouche d’une pléthore d’excellents joueurs. De quoi faire trois sélections de haut niveau. Hormis le titre de champion du monde en 82, la Squadra Azzurra collectionne les demi-finales entre 78 et 90. La faute à des sélectionneurs, Bearzot et Vicini, peu inspirés pour tirer le maximum des nombreux talents mis à disposition.
Haro sur le sélectionneur
De nos jours, les rapports de force ont radicalement changé. Le problème de Gattuso est simple. Quand il doit imaginer son équipe, il bricole, contraint de faire les fonds de tiroir. Un problème que le sélectionneur norvégien ne connait pas et pour cause. Il a sous la main un vivier d’une cinquantaine de joueurs qui évoluent dans les meilleurs clubs du pays, auxquels il faut ajouter ceux qui évoluent à l’étranger et un Erling Haaland, qui joue le rôle de leader. Un football encore intact du fait de sa faible exposition.
Gattuso n’a rien de tout cela. Hormis deux à trois éléments qui évoluent dans les gros clubs, il doit se tourner vers des clubs secondaires pour arriver à cocher la vingtaine de noms nécessaire pour disputer chaque match éliminatoire en vue du prochain mondial. L’ensemble des clubs italiens aux mains de fonds US et d’affairistes étrangers se moquent des joueurs locaux. Adepte du trading, il leur faut éviter les cas à la Paolo Maldini et Francesco Totti.
Le football italien, avec la bienveillance des autorités politiques, d’une presse et d’un public complices, a cessé de produire des joueurs locaux. Le peu qui sort des clubs formateurs est ventilé à l’étranger dans des championnats et clubs de deuxième catégorie. Ultime saleté faite au football local, le calcio strada dérange, désormais. Ce dernier avatar permet à une classe supérieure de punir les couches populaires dont sont issus la plupart des joueurs starifiés du calcio depuis presque un siècle.
Le football italien de club est balkanisé par le capital, ses effectifs, en attendant celui de la sélection. Pointer du doigt le sélectionneur Gennaro Gattuso d’incompétence est d’une idiotie rare. Enlever Gattuso, remplacer le par n’importe quel technicien transalpin, y compris ceux qui exercent à l’étranger, et le résultat est le même. Le football italien a simplement suivi le même chemin que la plupart des autres grosses nations européennes. Malgré une victoire à l’Euro due à la malice de Roberto Mancini, le football italien est à sa place. Il reste l’Espagne qui est en retard et qui peut s’appuyer encore sur un noyau de joueurs de qualité, même si aucun ne joue au Real Madrid, un signe, néanmoins, elle suit le même chemin…
Au gré de ce panorama, une seule question se pose. Les fonds US et tous les malfrats que compte la planète football vont-ils se ruer sur le football norvégien pour exploiter, tirer et détruire ce qui reste de cette ultime friche du capital ?… Affaire à suivre.
