Durant la période 1920-1939, les clubs anglais ne dérogent pas à une mode qui fait son chemin sur le continent. Certains clubs entament des tournées hors du Royaume-Uni, ou bien, acceptent l’invitation de clubs étrangers pour disputer une rencontre amicale. Il n’y a rien d’étonnant dans cette position. Les dirigeants de clubs n’ont jamais claironné que le football joué par l’ensemble des équipes pensionnaires de la First Division était le meilleur au monde. Comme pour la sélection, les résultats confirment la bonne tenue du football de club anglais sur le continent.
Éclipse
Au sortir de la guerre, l’ensemble des clubs du Pays reprennent les compétitions. C’est là où le football anglais de club connait une période de régression. La raison est simple. Lors de l’enclenchement du deuxième conflit mondial, les compétitions cessent dans tout le pays. Le championnat national est interrompu. Il est de même pour la deuxième division et les divisions inférieures, ainsi que le déroulement de la FA Cup, et la plupart des joueurs sont mobilisés.
Les gens de la FA maintiennent tant bien que mal des tournois et lancent la War Cup censée remplacer temporairement la FA Cup. Les clubs alignent essentiellement des joueurs trop jeunes pour être enrôlés pour la défense du pays ou bien des joueurs amateurs disponibles dans le but de constituer un onze de base.
À l’Est, on joue presque chaque week-end sans tenir compte de la situation. Il en est de même à l’Ouest. Certains championnats sont interrompus tardivement vers 1944 et reprennent aussitôt. Seul le football britannique reste à l’arrêt durant tout le conflit. Après la fin des hostilités, les clubs récupèrent les joueurs encore valides, cependant, certains acteurs du jeu n’ont plus touché la balle depuis des années. Dès lors, les clubs entrent dans une période instable où anciens et jeunes se mélangent avec toutes les conséquences que cela occasionne.
Élitisme face à la rue
En 1946, le rapport de force change radicalement. La FA reprend son siège à la FIFA et Walter Winterbottom, un homme choisi sur mesure, est intronisé au poste de sélectionneur. Le comité de la FA garde le contrôle de la sélection, mais laisse au professeur Winterbottom le loisir de se livrer à une volonté de technocratiser le football anglais dans ses moindres détails. C’est à ce moment-là que le football de sélection s’affranchit du football de club et décrocha durablement.
Alors que le football de sélection, imprégné par cette nouvelle donne, stagne, le football de club d’après-guerre reprend ses distances avec la FA, grandit et entreprend de nouvelles mutations sous l’impulsion de managers avisés tels que Stan Cullis, ancien joueur de Wolverhampton. Au tout début des années cinquante, la sélection se fait humilier à deux reprises par la Hongrie, là où le Wolverhampton de Billy Wright cogne le Honved de Ferenc Puskas, une formation qui concentre l’essentiel de l’Aranycsapat, la sélection magyare. La rupture est consommée entre le football de sélection et le football de club avec les conséquences que nous connaissons.
Des clubs dominateurs sur la scène continentale et une sélection qui déçoit sur la scène internationale, malgré le titre de 66 qui est le fruit d’une entente entre un noyau de joueurs talentueux et le sélectionneur Alf Ramsey. Au tournant des années soixante-dix et quatre-vingt, le football de club magnifié entièrement par la working class est mis à mal par la le hooliganisme et le début de la financiarisation du football. Les tragédies du Heysel et d’Hillsborough lui sont fatales. C’est le moment où football de club et de sélection se rejoignent.
Avec le recul du temps, le résultat est sans appel. Jamais les Anglais avec leur football de club n’ont été dépassés dans le jeu dans la première partie du XXᵉ siècle et pas plus dans la deuxième, hormis cet intermède au sortir de la guerre qu’ils ne mirent pas longtemps à rectifier sans aucune aide étrangère pour être dominateur et c’est là que se trouve la source du problème.
Derrière cette phrase « les Anglais sont dépassés, ils ne sont plus les maitres », il faut comprendre le football de club magnifié par les couches populaires autochtones, capital, jeu et public. Il y a un profond racisme de classe qui ne dit pas son nom. Un racisme qui vient des élites, où se côtoient politiques, financiers, milieux universitaires et presse nationale et internationale !
