11 mars 2026

Stanley Matthews : le lauréat

Quand on ausculte la carrière de Stanley Matthews, on est frappé par la quasi-absence de palmarès et le fait d’avoir joué dans deux clubs de second ordre. C’est vite oublié que le joueur qui débute à dix-huit ans au sein du club de Stoke City évolue en deuxième division. Un club qui propulse en first division, puis arrive la guerre. Sous contrat après la fin du conflit, certaines grosses cylindrées s’intéressent au joueur, mais vu ses émoluments et son âge, l’ensemble de ses clubs renonce à l’engager. Fâché avec ses dirigeants et son entraineur, Matthews pense à sa reconversion, achète un hôtel à Blackpool et signe pour le club local.

Rapidement, les Oranges rejoignent l’élite et le désormais légendaire numéro sept remporte la FA Cup lors d’un final ébouriffant. Les années passent mais l’homme vieillit sans pour autant décrocher du haut niveau. International, il laisse une jolie carte en sélection, puis retourne dans son club d’origine pour jouer des bouts de match. Un jubilé retentissant et Matthews raccroche définitivement les crampons et devient une sorte d’ambassadeur du jeu. Fin de l’histoire ou presque…

Pourquoi un article sur Stanley Matthews, me direz-vous ? Parce qu’il est de bon ton depuis fort longtemps chez une cohorte d’idiots qui pensent faire autorité sous prétexte d’être des professionnels de la presse, auxquels il faut ajouter les critiques qui vitupèrent sur la toile internet de dénigrer et critiquer le joueur et l’homme.

Tout ça car Matthews a commis un crime de lèse-majesté. Celui d’avoir été le premier lauréat du Ballon d’or de l’hebdomadaire France Football et du fait de n’avoir presque rien gagné et joué dans des clubs sous-cotés. Au regard du palmarès du Ballon d’or, Matthews apparait comme une incongruité, une arnaque, un primé pour faire plaisir aux Anglais. C’est ignorer l’histoire du joueur, l’époque où il débute, les rapports de forces qui taraudent le football anglais, la qualité du joueur et du jeu pratiqué en Perfide Albion.

Par son touché de balle, Matthews est une forme de nouveauté dans le paysage du football anglais des années trente. Il est le symbole de la conquête du jeu par le prolétariat anglais. Il est aussi celui qui impose le dribble dans un jeu vertical pratiqué par l’ensemble des formations anglaises. Certes, il n’a pas inventé le dribble, mais il est celui qui le popularise peu à peu sur tous les terrains anglais. Ils entrainent plus d’un joueur dans son sillage et les meilleurs s’affranchissent de l’enseignement dicté par les managers. La passe, le shoot, la tête et le dribble désormais. Matthews crée le poste d’ailier de débordement, ce que ses détracteurs ignorent. Il ne marque pas beaucoup, mais par sa production dans son couloir droit, il devient en quelques saisons le passeur le plus prolifique en son temps.

Le centre en retrait est sa marque de fabrique. Fixer et jouer avec les défenseurs adverses, le temps de déclencher ses dribbles courts et de centrer pour un de ses coéquipiers démarqués. Aucun joueur n’a aussi bien développé et peaufiné à son époque le concept du centre en retrait, qui constitue de nos jours un tiers des buts marqués dans toutes les compétitions !

Ses détracteurs vous diront que Matthew évoluait à une époque où les défenseurs ne taclaient pas. Foutaise, Matthews se serait adapté, car habité par une conscience professionnelle jamais vue dans le monde du football, hormis un Cristiano Ronaldo de nos jours.

On compte sur les bouts des doigts les joueurs qui ont fait plus ou moins l’unanimité au palmarès du Ballon d’or. Bien des joueurs récompensés par le passé restent à ce jour contestés et Matthews figure en bonne position.

J’ai un avis opposé. Je considère que Staley Matthews reste à ce jour le seul et unique lauréat du Ballon d’or, qui a un sens !

Photo : Une après-midi d’octobre 1961, Stanley Matthews entretient sa condition physique sur les plages de Blackpool.