Alors qu’il rentre de vacances du Brésil, Roberto Falcão, joueur phare du club de l’AS Roma et du calcio, reprend l’entrainement, perturbé et en colère. Champion en titre, le club romain fait désormais partie des trois ou quatre favoris pour la victoire en Coupe d’Europe des clubs champions, et cerise sur le gâteau, la finale se joue au stade olympique de Rome.
L’Auriverde ne pense pas à toutes ses perspectives, il préfère s’épancher sur le devenir de l’effectif du club de la capitale. L’intersaison est agitée, le centre d’entrainement de Trogoria bruisse de multiples rumeurs et durant la préparation estivale, le Brésilien rentre en conflit avec sa direction. Le numéro cinq de la Roma avait pourtant mis fin à une période compliquée avec son président Dino Viola. La cause étant la prolongation de son contrat et une hausse significative de ses émoluments. Satisfaits, Viola et ses conseillers pensaient avoir réglé le problème avec la diva brésilienne…
Avant son départ pour le Brésil, Falcão tance son président sur la gestion de l’effectif. En accord avec son entraineur, il recommence à militer auprès de la direction pour la venue d’un joueur. Il exige de son président le recrutement d’Antonio Di Gennaro, le meneur de jeu de l’Hellas Verone. Di Gennaro, c’est le dix qui manque à l’équipe. Lui derrière, Ancelotti et Prohaska à ses côtés et Di Gennaro devant et le reste ne bouge pas. Le Brésilien a son équipe en tête.
Viola fait la sourde oreille. Pire, il passe à l’attaque sur les départs et les arrivées au sein du club. De retour de Porto Alegre, Falcão fulmine, quand il apprend que son président et son équipe ont laissé partir Pietro Vierchowod, engagé son compatriote Toninho Cerezo, renvoyé Herbert Prohaska à Vienne en payant l’intégralité de son salaire la saison à venir et acheté un joueur peu connu, Marko Strukelj.
Viola ne veut rien entendre. Quant aux conseillers du président, certains se demandent s’il n’aurait pas dû renvoyer le Brésilien chez lui, quitte comme pour Prohaska à payer son salaire intégralement. Sous son habituel sourire de grand communicateur, l’Auriverde cache sa déception. Malgré l’arrivée de Francesco Graziani, l’équipe s’est affaiblie.
La saison se déroule dans sa totalité comme le Brésilien l’avait prévu. Le club romain s’incline face à une Juventus de Turin sur le déclin après un duel qui dure toute la saison. La Roma a plusieurs fois la possibilité de plier le championnat, mais il manque le petit quelque chose pour faire la différence. Cerezo ne fait pas oublier Prohaska, et l’effectif est trop juste pour gérer les indisponibilités. Enfin, le Brésilien se blesse, lui aussi.
Alors qu’il est en délicatesse avec son genou droit, le Brésilien semble avoir récupéré au moment de recevoir le club écossais de Dundee United, champion d’Écosse et connu pour sa dureté dans le jeu, dans le cadre de la demi-finale retour de Coupe d’Europe des clubs champions. La Roma qualifiée, l’Auriverde dispute la balle avec un joueur écossais, Milner, qui lui donne un coup loin d’être anodin. Un coup qui s’apparente à un frottement. Remis sur pied, Falcão ne sait pas que ce énième coup aura de graves répercussions sur le reste de sa carrière…
Peu après, il joue sous infiltration et la question se pose s’il doit jouer la grande finale. Falcão ne se la pose pas. Il ne peut pas passer à côté du sacre, lui qui est arrivée quatre ans auparavant dans un club moribond qu’il a sorti du milieu de tableau pour le propulser au sommet du football italien et européen. Le résultat est explicite. Dans un non-match face à un Liverpool de combat, il laisse sa prestance le fuir et la souffrance l’emporter.
Destin étrange que celui de ce joueur adulé du fait de sa classe naturelle à l’élégance sans faille. L’homme avait entrepris la même odyssée avec son club formateur de l’Inter Porto Alegre. C’est sous sa férule que le club Colorado, relégué au deuxième rang derrière les clubs prestigieux de Rio et de São Paulo, se hisse au sommet du football brésilien vers le milieu des années soixante-dix. L’Internacional explose, il remporte à trois reprises le titre national et parvient en finale de la Copa Libertadores. L’Inter s’incline 0-0 et 1-0 sur l’ensemble des deux rencontres face au Nacional de Montevideo, un crève-cœur pour l’Étoile auriverde.
Parti de rien pour arriver tout en haut et se fracasser à deux reprises sur la dernière marche. Le destin d’une diva…
