Jeune prodige, enfant reine, l’adolescente en or, les superlatifs ne manquent pas pour décrire le court passage de Tracy Austin dans le monde du tennis professionnel féminin.
Éclosion
Le Memorial Coliseum de Portland est plein comme un œuf en ce mois de janvier 1977. C’est une affluence peu commune pour une finale d’un tournoi de tennis féminin, privé des plus grosses têtes d’affiche du circuit WTA. Peu importe, le public est venu voir le petit phénomène dont tout le monde parle. Elle s’appelle Tracy Austin, elle a quinze ans, arbore des couettes et porte une robe cousue par sa mère.
Opposée à Stacy Margolin, elle cède la première manche au tie-break, mais elle ne se démonte pas. Elle remporte le deuxième set et alors qu’elle se détache inexorablement dans la troisième manche sur la marque de 4 jeux à 1, Margolin se retire suite à de vives douleurs. Il est difficile de dire encore aujourd’hui si Margolin était blessé ou non. Il n’est jamais évident de s’incliner dans une finale d’un tournoi de tennis face à une petite fée de quinze ans…
Tracy Austin a toujours été décrite comme proche par son tennis de son modèle, Chris Evert. Il y a du vrai et du faux aussi. L’ensemble de son jeu était correct, un service qui faisait office de simple remise en jeu, un coup droit un brin flottant, néanmoins précis, ainsi que sur ses montées et sa volée de coup droit.
En parallèle, Austin était dotée d’un jeu de jambes très au point, qui lui permettait de remettre des balles difficiles dans le court, le tout couplé à un revers à deux mains unique en son genre et à un sens tactique rarement vu sur les courts, surtout pour une joueuse aussi jeune. Austin a toujours mis en avant sa passion pour le jeu d’échecs pour expliquer son étonnante maturité sur le plan tactique.
Son revers à deux mains frisait la perfection. Slicé, lifté, à plat selon la séquence de jeu, court, long, droit, décroisé, à mi-distance, elle usait de son arme favorite à bon escient. Ses deux victoires en finale de l’US Open sont des chefs-d’œuvre techniques et tactiques face aux insubmersibles Chris Evert et Martina Navratilova.
Legs d’une ascension rapide
Au tout début de son ascension vers les sommets, Austin ressent des douleurs au dos. Elle paye une ascension trop rapide et trop jeune au plus haut niveau au point de devoir renoncer à s’aligner en double dans les grands tournois. Toutefois, elle remporte, en juillet 1980 à Wimbledon, le double mixte en étant associée à son frère, John.
Elle reste numéro un mondiale durant quelques mois au classement WTA. En juillet 82, elle dispose de Kathy Rinaldi, une autre baby-girl, en finale du tournoi de San Diego. C’est sa trentième et dernière victoire en simple dames. L’année suivante, elle se retire du circuit féminin, alors qu’elle n’a que vingt et un ans, avec une trentaine de titres en simple dame, deux US Open et trois Masters à son palmarès. Le corps a lâché, tout simplement.
Si Tracy Austin fut une météorite dans le monde du tennis, elle est à jamais la petite fée qui a enchanté des millions d’amateurs de tennis et qui, par ses exploits du fait de sa précocité et ses victoires retentissantes face à des championnes réputées, expérimentées et maintes fois titrées, est en grande partie à l’origine du déclic qui a donné une audience planétaire au tennis féminin.
