Hiver 1977. Alors que les éliminatoires en vue du mondial argentin touchent à leur fin, il y a un match particulièrement suivi par la presse internationale. L’Espagne, en tête de sa poule, se déplace à Belgrade pour affronter la Yougoslavie, deuxième de son groupe.
La sélection yougoslave est condamnée à gagner la rencontre, alors que la Roja peut se contenter d’un nul. Remontés comme des pendules suite à leur victoire en Roumanie sur la marque de six buts à trois, les hommes du coach Ivan Toplak pensent pouvoir renverser la vapeur et doubler l’Espagne sur le fil. Le maréchal Tito a décrété pour l’occasion un jour férié supplémentaire en fonction du match.
C’est dans un stade Maracana du club de l’Étoile Rouge en fusion que les joueurs des deux équipes pénètrent sur la pelouse. Les 100 000 supporteurs chauffés à blanc attendent de jouer le douzième homme.
Le coup d’envoi est donné et les choses ne traînent pas. L’attaquant Miogrod Kustudic gratifie d’un coup un adversaire et un coéquipier casse Juanito. L’arbitre anglais Ken Burns n’ose pas sortir un carton jaune. Erreur ou pas, l’arbitre britannique donne à son tour le ton de la rencontre.
En quelques minutes, les Yougoslaves se laissent aller à des mauvais gestes, dont certains n’ont rien à faire sur un terrain de football. De leur côté, les Espagnols répliquent à leur tour. Burns essaye de garder les deux équipes avec lui, cependant, les coups pleuvent de chaque côté. La suite est une des parties les plus violentes jamais vues sur un terrain de football en Europe.
En fin de rencontre, l’attaquant paraguayen naturalisé espagnol Ruben Cano inscrit le but de la victoire et assure définitivement la qualification de la sélection ibérique pour l’Argentine.
Bien des années après les faits, certains joueurs yougoslaves sont sortis de leur silence. Quelques-uns, dont Ivica Surjak, ont reconnu qu’ils étaient sortis de leur match. La pression du pouvoir, l’enjeu et les supporters leur avaient fait perdre le fil de la rencontre. C’est une certitude, néanmoins, il reste un aspect qui n’a jamais été abordé de fond lors de cette journée incroyable. Le rôle trouble de l’arbitre anglais Ken Burns qui a laissé le match dégénérer.
Burns est un vétéran au moment des faits. Il raccroche les crampons et range son sifflet au placard l’année suivante. Certains spécialistes pensent que Burns a été acheté par des intermédiaires pour faire gagner la Yougoslavie ce jour-là. À ce jour, il n’y a jamais eu de preuves tangibles, mais il est vrai que l’époque était propice à ce genre d’histoire…
