11 mars 2026

Quand le grand capital italien dit non au calcio

Alors que le Mondial organisé en Italie approche, Dino Viola, le sémillant sénateur et président de l’AS Rome, décide de mettre le club en vente. Se sachant gravement malade, il dresse une liste de potentiels acquéreurs du club de la capitale. Viola partage son secret avec l’incontournable Giulio Andreotti, grand tifoso de la Roma. L’acteur Alberto Sordi, autre illustre giallorosso et membre du directoire du club romain, est mis dans la confidence.

Assez rapidement, Viola et Andreotti cochent le nom de Giuseppe Ciarrapico, entrepreneur dans les eaux minérales et tifoso de la Roma. Andreotti pense qu’il est la bonne personne pour présider la Roma. Cependant, Viola émet un vœu. Il pense qu’il faudrait un homme d’une envergure plus grande, capable de guider le club vers les sommets que Viola a caressés, simplement. Viola ne se fatigue pas. Pas besoin de consulter le guide des plus grandes fortunes en Italie. Il va directement à la première place.

Raul Gardini, PDG du groupe Ferruzzi, qui après avoir absorbé la moitié de la société Montedisson a fini par fusionner le reste avec Ferruzzi, vient de créer un empire mêlant l’agroalimentaire et la chimie. Gardini est au sommet de son entreprise. Pour Viola, le paysan de Ravenne est le seul capable de faire de la Roma un club capable de rivaliser avec les meilleurs d’Italie et du continent.

Même si Viola sait que Gardini est avant tout un passionné de voile, il vient de mettre en route le projet du Moro di Venezia avec l’objectif de conquérir l’America’s Cup. Le président du club romain pense que la Roma peut être une excellente vitrine pour le roi de la chimie verte.

Viola entreprend de rentrer en contact avec Gardini. Après, on ne sait ce qui s’est produit. En fait, rien n’a jamais filtré de l’entretien entre les deux hommes. Certains affirment que Viola et Gardini n’ont jamais discuté d’une éventuelle session de la Roma, d’autres pensent le contraire.  En fait, les pourparlers entre les deux hommes ont bien eu lieu et il est assez facile de comprendre le pourquoi de ce qui est resté un secret.

Lors de leur entretien, Viola expose son plan. Gardini se dit honoré d’être sollicité pour être l’homme de la situation, néanmoins il rejette l’idée d’acheter le club de la capitale. Il fait part à Viola de ses réticences sur la fameuse face noire du Calcio. Il est impossible pour lui de diriger un club tout en sachant que beaucoup trop de choses se passent ailleurs que sur le terrain et dans son dos. La mafia, les politiques, l’arbitrage, les joueurs, le Totocalcio et le mécénat. Après un échange courtois, les deux hommes en restent là. Peu après, Gardini va plus loin. Il met en garde Sergio Cragnotti, un associé et ami proche en affaires sur le point d’acquérir le rival romain, la Lazio.

Il y a quelques années, alors que l’Inter de Milan est en vente, l’ancien propriétaire du club lombard, Ernesto Pellegrini, propose à Massimo Moratti de faire un tour de table et de trouver un repreneur italien capable de maintenir l’Inter à un certain niveau. Moratti accepte. Pellegrini a pour cible première Giovanni Ferrero.  Après un entretien entre les deux parties, le roi du chocolat rejette l’idée d’acheter l’Inter de Milan, exposant la face noire du calcio comme principal obstacle à son interlocuteur.

Malgré une légende bien établie, peu d’entrepreneurs transalpins ayant fait fortune ont investi dans le football. Agnelli, Lauro, Rizzoli, Riva, Moratti, Berlusconi, la liste est somme toute restreinte, et pour cause…