11 mars 2026

Les Anglais sont dépassés : histoire d’une mystification 1/2

Mauvais procès

Dès le début du XXᵉ siècle, deux styles de football se répandent en perfide Albion durant un temps. Celui pratiqué en club et celui de la sélection. Le jeu anglais pratiqué en club est une conquête et une production de la working class. Pas de tergiversation, de séquence faite d’attente, de rupture. C’est Box to box, alors que le football de sélection, apanage d’une certaine élite au même titre que les instances fédérales et le corps arbitral s’inscrit dans un cadre académique.

Football séparé

Le football de club anglais s’est toujours renouvelé sans jamais emprunter la moindre idée novatrice en matière de jeu à l’éxterieur, hormis la passe introduite par les Écossais, là aussi il y a un doute, le tout en restant tout bonnement compétitif.  C’est là où les tenants « des Anglais sont dépassés » affichent leurs pâles arguments. Il faut être dans le déni pour juger le football anglais d’avant-guerre, entre 1920 et 1940, au travers des résultats de la sélection nationale, car ce n’est pas avoir travaillé la question. 

La sélection a toujours été vue par les élites du pays comme un outil de domination envers le football de club, celui de la working class. Toutefois, le jeu pratiqué par les clubs franchit le seuil des bureaux de la FA après la fin du premier conflit mondial. Le football exercé par les clubs prend le pouvoir. Certes, la sélection anglaise reste dirigée par un comité de cadres de la FA, mais c’est un entraineur qui officie le plus souvent dans les clubs londoniens qui s’occupe de la gestion des joueurs lors des rassemblements au camp de base de la FA. Ce qui produit des joueurs  en mode autogestion durant les matches. L’autogestion de groupe dans les clubs de football n’est pas né sur les rives du Rio de la Plata, mais en Angleterre.

Absente lors des trois premières coupes du monde, la FA n’est plus membre de la FIFA. Cette situation est due aux multiples querelles qui opposa les dirigeants anglais aux autres représentants des fédérations sur un tas de dossiers, dont la question du professionnalisme.

Depuis, beaucoup de spécialistes de la question football pensent que cette situation a permis aux Anglais de ne pas s’aligner lors de ses coupes du monde pour éviter de prendre des déculottées. D’autres affirment que c’était dû au fait que les élites de la FA considéraient que le football anglais était supérieur, et donc, qu’il n’avait pas besoin de jouer avec les meilleures nations.

La vérité du terrain

De 1930 à 1939, la sélection anglaise se confronte à plusieurs reprises à des adversaires de qualité. Quatre matches retiennent l’attention. Ceux contre la Tchécoslovaquie, finaliste du mondial 34, la Hongrie, finaliste du mondial 38, et deux rencontres face à l’Italie, double championne du monde en 34 et 38. Les Tchèques et les Magyars ne pèsent pas lourd face aux Three Lions, quant à l’Italie, la double confrontation accouche de deux rencontres hachées.

La première, connue sous le nom de bataille d’Higbury, voit l’Angleterre l’emporter sur la marque de trois buts à deux. Meazza sauve l’honneur de la squadra azzurra. Lors du déplacement à Milan, les Anglais prennent cette joute au sérieux et emmènent avec eux un staff étoffé, dont des cuisiniers et leur propre nourriture. Dans une rencontre équilibré, l’Angleterre prend l’avantage à deux reprises. En fin de match, Piola arrache le match nul en contrôlant le ballon de la main. Une faute pas vue par l’arbitre.

Au vu des prestations de la sélection nationale, on ne peut affirmer que les Anglais étaient dépassés, mieux encore, ils battent à deux reprises l’Allemagne qui certes n’est pas encore une sélection de haut niveau, mais qui situe le niveau de la sélection anglaise…