25 janvier 2026

Le bashing Suárez s’atténue

Dérapage

Chaque Coupe du monde apporte son lot de bonnes et mauvaises surprises. Pour la énième fois, la FIFA s’est révélée incapable de refréner ses habituelles pulsions, préférant sauvegarder certains intérêts plutôt que de défendre l’équité sportive. Lors du match décisif mettant aux prises respectivement l’Italie et l’Uruguay dans le cadre d’une place qualificative pour le deuxième tour, la céleste dispose de la squadra azura sur le score d’un but à zéro grâce à une réalisation de son capitaine émérite Diego Godín.

Une fois la rencontre terminée, les médias et les réseaux sociaux se déchaînent. En fin de rencontre, Luis Suárez, aux prises pour la énième fois avec le défenseur Chiellini, mord son vis-à-vis. Le petit attaquant uruguayen est connu pour des faits similaires passés.

C’est un tsunami de haine qui se répand sur la toile. Des sites qui ont pignon sur rue demandent que la FIFA soit impitoyable envers Luis Suárez et encouragent les blagues les plus stupides sur la vedette de la céleste, étouffant la moindre défense en faveur de Suárez de s’exprimer. La FIFA tranche rapidement, Suarez est suspendu pour neuf rencontres avec la céleste et quatre mois avec son club. 

Accusé, levez-vous.

Luis Suárez est accusé d’avoir mordu son adversaire Giorgio Chiellini. La vidéo atteste de cette version des faits, mais rien de grave, il n’y a pas mort d’homme, rien de comparable avec ce que le petit attaquant subit durant toute la rencontre. Si le geste de Suárez n’est pas excusable, car il mérite le rouge, il s’agit de le comprendre.

Passons sur les psychologues de bazar très en verve sur la toile, des officiels de la FIFA et leur culture du tout commerce et des journalistes dont la caste la plus acculturée se trouve dans l’hexagone. Le geste de Luis Suárez s’explique quand on analyse le contexte de la rencontre et l’adversaire en question, spécialisé dans la complainte victimaire, incarnation d’un football désuet.

Il reste dix minutes de jeu, l’Italie est qualifiée, l’Uruguay fait le maximum, mais reste stérile à l’image de son attaquant vedette. Suárez est un émotif, dans l’impossibilité de faire la différence, impuissant face aux coups violents qu’il encaisse sans que le corps arbitral intervienne. Cette frustration couplée à l’injustice qu’il subit l’amène à commettre cet acte.

La suspension démesurée n’est pas anodine. La FIFA argue qu’un geste qui implique une morsure est étranger aux règles du football, mais qu’en est-il du reste ? Un joueur qui touche les parties génitales d’un adversaire ou bien un joueur qui crache sur un autre ne se met-il pas hors-jeu ? Il existe une multitude de gestes et d’attitudes étrangères au jeu, mais ses actes ne sont rarement dénoncés par les médias et guère sanctionnés par l’appareil judiciaire…

Lors de son séjour en Grande-Bretagne, Luis Suárez se trouve emmêlé dans une séquence politico-culturelle récurrente, qui le dépasse, mettant aux prises son pays avec la Grande-Bretagne accusée de soutenir son grand frère argentin dans le cadre de la revendication des Malouines, l’affaire Evra sert de paravent à l’établissement pour se venger d’un simple footballeur et à Fergusson de se débarrasser de Liverpool dans la course au titre.

Rancœur

Les Anglais n’ont jamais admis d’être dépassés dès le début du XXe siècle par les techniciens et joueurs uruguayens et argentins au point d’être chassés pacifiquement du continent sud-américain.

Après bien des désagréments, Suárez a mis le cap vers l’Espagne et le club du FC Barcelone. Malgré la concurrence, ce choix s’est révélé excellent pour le joueur uruguayen, car le Barca est une puissance diplomatique, les médias dédaigneux ont modifié leurs analyses au sujet de Luis Suárez. Ce n’est plus un voyou, un raciste, une plaie pour le football et encore moins un malade mental, mais un grand joueur perclus de talent, il a d’ailleurs postulé au titre de meilleur joueur européen-UEFA cette saison.

À l’ombre de Messi et Neymar, Suárez joue plus librement, il est moins sous pression et évolue dans un cadre protecteur. Ce changement brutal de la perception du joueur et de l’homme atteste une fois de plus de la duplicité de certains médias. Dis-moi où tu joues et je te dirai qui tu es…