La déconstruction sociale et culturelle du football de club anglais déclenchée par les oligarchies néolibérales de la City arrive à son point culminant au tout début des années quatre-vingt-dix. En une vingtaine d’années, tous les secteurs d’activité ont été infiltrés et travaillés de l’intérieur. Le hooliganisme a bien évidemment été l’élément clé qui a contribué à tuer le football populaire pour le remplacer par un football mondialisé. Alan Hardaker, grand patron de la FA, a plus d’une fois contrecarré les plans des oligarques de la City, mais dès sa disparition, les verrous saute un par un. Toutes références culturelles ayant trait au football anglais qui faisait qu’il était reconnaissable au premier regard sont liquidées en quelques années, y compris les ballons anglais et le maillot vert presque séculaire du goalkeeper.
Seaman
David Seaman est un sujet d’observation central dans l’évolution ultime du gardien de but en Angleterre. Seaman, par sa formation, provient du football anglais des années soixante-dix et quatre-vingt. Formé au club de Leeds United, il débute chez les professionnels en gardant les cages du club de Peterborough United. Après deux saisons, il rejoint Birmingham City. Il ne reste pas longtemps du côté du stade de St Andrews et s’engage pour les Queens Park Rangers. Remarqué par le board d’Arsenal, il attend son heure. Après l’obtention du titre par Arsenal en 1989, le manager d’Arsenal George Graham cède John Lukic à Leeds, où, comme Seaman, il a été formé. Seaman et Lukic, c’est l’histoire d’un chassé-croisé.
Au milieu des années quatre-vingt-dix, Seaman se trouve dans l’obligation de s’adapter au changement qui se répand dans le jeu pratiqué en Angleterre. Seaman ne modifie guère son approche du jeu, cependant en fonction de la prolifération de joueurs étrangers au poste d’attaquant en Premier League, il observe ses nouveaux acteurs du jeu et leur façon d’évoluer à l’approche des dix-huit mètres sans pour autant rejeter ses acquis d’origine. La fréquence de nombreux matches disputés par Arsenal sur le continent européen en raison du format de la Ligue des champions l’aide grandement.
Idole du Kop d’Highbury, il ne sera jamais inquiété par Arsène Wenger même si l’envie de le remplacer germa plus d’une fois dans la tête du coach alsacien, à l’origine de toutes ses transformations, On peut tout remettre en question, faire table rase du passé, mais il est des obstacles qui se révèlent infranchissables. En 2000, Seaman est toujours dans les cages du club rouge et blanc. Trois ans plus tard, à l’âge de quarante ans, il quitte Highbury pour faire une dernière pige à Manchester City.
Seaman, confronté à un changement radical du poste de gardien de but durant sa longue carrière, aura réussi tant bien que mal à relever ce défi. Certes, il reste à son passif ses deux fameux buts de Nayim et Ronaldinho, considérés par les sachants comme des bévues énormes, signe révélateur du niveau de ce gardien. Pourtant, ses erreurs sont un indice. Elle révèle la culture-jeu dans laquelle Seaman a été élevé. Le gardien libero qui commande sa défense dans les phases offensives et défensives et anticipe le jeu, constamment.
En définitive, le goalkeeper britannique, souvent méprisé par une vision d’ensemble du football, presse écrite et amateurs de football, a pourtant joué un rôle essentiel dans les succès écrasants des clubs anglais sur la scène continentale durant presque trois décennies, et bien avant encore, un éclaireur et précurseur dans le développement du rôle du gardien de but et dans la globalisation du jeu.
