Le rôle du gardien de but, goalkeeper, dans le football britannique a toujours été un sujet de moquerie chez les détenteurs du savoir de toute sorte. Un sentiment qui reste plus que jamais ancré dans leurs mémoires de croyants. À travers ses articles, nous allons découvrir comment le rôle de gardien de but n’a cessé d’évoluer au Royaume-Uni au gré des tendances générées par la spécificité du jeu anglais, car, pour le reste du monde, on ne peut parler d’évolution réelle. Il faut parler d’amélioration, simplement.
Alors que le football de club prend son envol aux quatre coins du pays, que les entités sportives se professionnalisent, même si les clubs du sud refusent le passage au professionnalisme, car tenus par une certaine élite, plusieurs joueurs sortent du lot. Les joueurs issus des couches populaires, dont les attaquants Steve Bloomer et Billy Meredith, succèdent aux joueurs issus des classes aisées et coiffés tels que Arthur Kinnaird. Un autre joueur émerge en l’an 1900 au point où il quitte son club d’Aberystwyth Town et devient une attraction aux quatre coins du pays. Leigh Richmond Roose, Gallois, étudiant en médecine et gardien de but du club de Stoke City, retient l’attention des foules, partout où il se produit.
Lors de l’intronisation des premières règles, puis modifiées, celle qui porte sur le rôle du gardien de but ne cesse d’évoluer au gré des années. En 1900, Roose connaît les règles du jeu mieux que ses coéquipiers et ses adversaires. Athlétique, souple, élégant, le Gallois ne se contente pas de défendre ses buts. Il travaille ses dégagements au pied, ses relances à la main, le premier à le faire, s’impose avec vigueur dans les duels face aux rugueux attaquants adverses. Il stoppe des coups de pied de réparation, sort de ses dix-huit mètres et coupe les balles en profondeur. De par sa position parfois avancée, en position de libero, alors que le poste n’existe pas. Roose, qui n’a aucune idée de ce que sera le football cinquante ans plus tard, codifie dans ses moindres détails le jeu du gardien de but. C’est sous cet angle que Roose est décrit par l’ensemble de la presse écrite du pays. Le coach de Stoke City, Horace Austerberry, tout heureux d’avoir un tel phénomène dans ses rangs, n’intervient pas dans le jeu de son gardien.
Malgré l’apport de Leigh Roose, le club de Stoke a du mal à se maintenir au plus haut niveau. Roose tient à bout de bras son équipe. Lassé, il quitte les brumes de Strafford-Trent et rejoint Liverpool et s’engage pour le club d’Everton. Douze mois plus tard, il revient au club qu’il sauve de la relégation. En 1908, Stoke fait faillite et est relégué dans les divisions inférieures. Roose ne change rien à ses habitudes. Il s’engage pour Sunderland deux saisons, en étant rémunéré grassement au match. En fin de course, il quitte le club et joue épisodiquement pour d’autres formations. Cependant, il s’abstient de signer pour un club durablement.
Absence de filiation
Première grande vedette de l’histoire du football, Leigh Roose n’est pas pour autant copiée par ses condisciples. Ils s’abstiennent aussi de participer au jeu par des relances ou en sortant de leur surface de réparation. L’ensemble des gardiens de but reste sagement confiné dans leur zone des six mètres et s’aventure rarement au-delà de leurs dix-huit mètres, même si une règle permet au goal d’intervenir avec les mains dans leur propre moitié de terrain, ce que faisait Roose par moment au point où la règle fut à nouveau modifiée.
Lors de ses déplacements à Londres, Leigh Roose croise un défenseur qui l’observe assidûment. Le joueur en question, Herbert Chapman, sympathise avec celui qui est le favori des foules et fait la Une des gazettes. Chapman le félicite pour son apport au jeu. Peu après, la guerre interrompt le championnat. Alors qu’il va vers la quarantaine, Roose s’engage lors du premier conflit mondial en tant qu’infirmier. Il disparaît lors de la bataille de la Somme en tant que fusilier après avoir été héroïque sur le champ de bataille. Sa dépouille n’a jamais été retrouvée.
« Qu’est-ce qui vous pousse à sortir d’une tranchée et à courir vers une mitrailleuse en sachant que vous allez presque certainement mourir? Plus on y pense, plus c’est insensé, et pourtant il l’a fait. Il faut être quelqu’un d’exceptionnel pour être capable d’un tel acte. »
Neville Southall
« Seul le gardien de but connaît le véritable plaisir de ce métier. Il doit être un amoureux instinctif du jeu, sinon le poste de gardien de but finira par le dévorer s’il n’y est pas dévoué. »
Leigh Richmond Roose
