25 janvier 2026

Consommateurs en colère

Le monde du supportérisme est en ébullition. Récemment, un groupe de supporters du club de Manchester United, baptisé The 58 et composé de 5000 âmes, entièrement habillé de noir, a manifesté aux abords du stade d’Old Trafford juste avant le coup d’envoi d’un match qui opposait la formation locale au club d’Arsenal.

Marchand au pas et entonnent des revendications au son de   »We want our club back » auquel on ajoute « Some things are worth fighting for » (Nous voulons retrouver notre club » et  « Certaines choses valent la peine de se battre pour elles » cette course vers des attentes qui mélange historicité et morale a de quoi faire sourire.

Je ne connais pas cette nouvelle communauté de pensée. Au vu de leur référence, ses fans se réclament d’un temps passé qui n’est pas près de revenir. Et pour cause, ils sont le fondement d’un club passé du statut de club de football de référence dans le paysage du football anglais à une enseigne de Walt Disney et de l’hyperclasse mondialiste.

Dans le monde du football professionnel, il y a les supporters qui sont cohérents avec eux-mêmes et ceux qui refusent d’affronter leurs propres contradictions. Il y a une vingtaine d’années, des supporters du club qui ont constaté la lente dérive du club suite au rachat d’une famille nord-américaine spécialisée dans l’évènementiel sportif, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, ont déchiré leurs abonnements et sont partis fonder le Football Club United of Manchester qui évolue en septième division.

Ses souffreteux de cette organisation qui affiche comme totem The 58 sont le résultat des transformations sauvages auxquelles le football anglais n’a pas échappé. Le capitalisme entrepreneurial a disparu, remplacé par le capitalisme financier. La gouvernance de l’ensemble des clubs du Royaume-Uni a fait son œuvre, et ce n’est pas fini.

Maintenant, malgré une saison désastreuse, le club de Manchester United ne va pas descendre en deuxième division, sauvé par le niveau de quelques formations qui traînent en bout de classement.  Le club rouge ne connait aucun déficit structurel, ceci étant, Jim Ratcliffe, le nouvel actionnaire fort médiatique, s’est mis en tête de faire de multiples coupes dans le club dans le but de faire des économies.  La crise de la valeur d’échange a lourdement frappé le club de Manchester. Le club est passé d’un effectif d’excellents joueurs à de bons joueurs et à du pantalon à une jambe.

Pour faire face à cette problématique que Jim Ratcliffe, malgré quelques déclarations, feint d’ignorer, a dévoilé les contours du futur New Trafford. Une enceinte qui oscille entre un cirque et un casino géant planté au milieu de Las Vegas. On se soigne comme on peut.

Ses fans doivent cesser de s’inquiéter, car il y a toujours des hauts et des bas dans la vie d’un club. De nos jours, l’important n’est pas d’avoir la meilleure équipe possible, mais d’être moins mauvais que le voisin et la concurrence. C’est sans doute dans les cordes de Ratcliffe et de ses collaborateurs.