Après plus d’une quinzaine d’années d’efforts à la tête du club de Liverpool, le manager Bill Shankly, affaibli, décide de passer la main à son adjoint Bob Paisley, qu’il juge prêt pour le poste. En trois saisons, Paisley ne déçoit pas. Le club de la Mersey se maintient au plus haut niveau. Mieux encore, lors des saisons 1975-77, Liverpool écrase tout.
Bien que le championnat se dispute jusqu’à la dernière journée, après un formidable duel avec Manchester City, Liverpool s’impose à l’ultime journée de championnat. Motivés, les joueurs de Paisley remportent la Coupe d’Europe des clubs champions à Rome en disposant du Borussia Mönchengladbach.
Malheureusement pour le club rouge, Bob Paisley et son président ne réussissent pas à faire céder Alan Hardaker, l’administrateur en chef de la FA pour reporter la finale de FA Cup qui se déroule trois jours plus tard au stade de Wembley. Ce dernier refuse de faire un cadeau au board d’Anfield. Trois jours plus tard, Liverpool s’incline face à Manchester United. Encore de nos jours, les supporters de Liverpool considèrent que Hardaker, en fonction de son intransigeance, a contribué à empêcher Liverpool de réaliser un triplé historique lors de la meilleure saison du club de toute son histoire. Son argument est recevable. Néanmoins, on ne refait pas l’histoire. Rien ne dit qu’une équipe de Liverpool au repos aurait facilement disposé de Manchester United.
Toutefois, bien plus que les titres et les statistiques, c’est le style de la formation de Bob Paisley qui laisse pantois l’Europe du football. C’est un Liverpool stylé, technique, chatoyant, excitant. Une équipe à qui rien ne peut arriver et qui, chose rare, séduit en masse les amateurs de football hors de Grande-Bretagne.
Un joueur incarne ce style. Kevin Keegan, idole d’Anfield, mène l’attaque des Reds. Joueur vif, percutant, dribleur, prompt au duel, il donne le tempo dès que l’équipe se rue à l’assaut des buts adverses. Sur son côté droit, il donne le tournis à ses opposants. Généreux dans l’effort. King Keegan marque beaucoup.
Cependant, lors de l’intersaison, Keegan met fin à son aventure sur les bords de la Mersey. Ses émoluments sont loin d’être ceux d’un joueur de son statut. Malgré des revenus conséquents en fonction de nombreux contrats publicitaires, le lutin d’Anfield met le cap sur le club allemand de Hambourg.
L’attrait du Mark allemand et le fait que le HSV joue le titre en Bundesliga et la victoire en Coupe d’Europe poussent Keegan à franchir le pas. Avec la somme versée par le club hanséatique, Paisley signe sur le champ l’attaquant écossais du Celtic Glasgow Kenny Dalglish et un milieu, Graeme Souness, un autre Écossais en provenance du club de Middlesbrough.
Le choix s’avère payant, car Dalglish ne met guère de temps pour faire oublier Keegan. Néanmoins, malgré de bons résultats, Liverpool double la mise en C1 à Wembley face au FC Bruges avec un but de Dalglish, une chose à changer. En lieu et place du Liverpool enchanteur des dernières saisons, une nouvelle formation est apparue, une équipe calculatrice et froide.
Point de grand débat
À l’époque et de nos jours, peu de spécialistes de la presse anglaise ont souligné cette évolution dans le jeu des formations de Paisley. Au milieu du terrain, Souness devient le régulateur du jeu. Joueur rugueux, il a apporté du muscle et une autorité aucunement contestée par ses équipiers. Il sait temporiser et geler le jeu. Quant à Dalglish, si son registre est équivalent à celui de son prédécesseur, l’ancien pensionnaire du Celtic est moins vif et créatif que Keegan, mais il compense par un travail inlassable, pèse physiquement sur les défenses adverses et marque autant de buts. En l’espace de deux à trois saisons, l’ensemble des héros victorieux en C3 et en C1 quitte le club et Souness trouve un complément idéal en Sammy Lee.
Sceptique
Conservateur, éloigné du pragmatisme de Shankly, Bob Paisley, ancien défenseur de Liverpool après-guerre, était sceptique sur les innovations en matière de jeu. Il n’a jamais été totalement convaincu par le jeu apparu à Leeds à l’orée des années soixante. Un concept qui combine jeu vertical, horizontal et aérien et qui a fait, outre Liverpool, la gloire de bon nombre de clubs anglais sur le continent. Le transfert de Keegan vers l’Allemagne lui donne l’occasion de passer à autre chose.
Liverpool de combat
Keegan parti et privé de folie, Paisley ne cherche pas l’impossible et opte pour une approche plus classique du jeu. Ce changement progressif, imprégné d’un conservatisme régénéré, produit ce fameux Liverpool de combat. À ce titre, les victoires obtenues en C1 face au Real Madrid en 1981, la troisième de Paisley et celle face à l’AS Rome en 1984, équipe coachée par Joe Fagan, adjoint de Paisley, se passent de commentaires.
