12 mars 2026

Berlusconi, l’interiste

C’est un fait peu connu en dehors de l’Italie. Silvio Berlusconi, emblématique président de l’AC Milan durant trois décennies, tenta à plusieurs reprises d’acheter le club rival, l’Inter de Milan. Après trois tentatives soldées par un refus du président de l’Inter Ivanoe Fraizzoli, Berlusconi laissa tomber l’affaire et se tourna vers l’AC Milan qui était en grande difficulté…

Premier échec

La première tentative d’acheter le club de l’Inter intervient en 1972. Berlusconi est un  promoteur immobilier, créateur d’une société Edilnord qui a réalisé la construction d’un ensemble de bâtiments résidentiels au nord de la ville, baptisé Milano 2. Intronisé en loge, il tisse son réseau avec des représentants des partis socialistes et de la démocratie chrétienne. Ami avec le sénateur socialiste Agostino Viviani, ce dernier lui parle du Calcio. Berlusconi est intéressé par le football, car l’homme pense déjà à transposer ce qui se fait aux États-Unis. Créer des chaines télé et diffuser des rencontres de championnat, puis des chaines payantes à terme. Viviani est ami avec le célèbre Peppino Prisco, avocat du club noir et bleu.

Les trois hommes se rencontrent et Prisco est conquis par ce jeune entrepreneur en affaires. Berlusconi expose son plan et Prisco en parle à Ivanoé Fraizzoli, président de l’Inter. Ce dernier, qui contrôle la grande majorité de la société, n’est pas opposé à une ouverture au sein du directoire du club lombard. Fraizzoli et Berlusconi font connaissance, mais le président de l’Inter abandonne l’idée de s’associer ou de céder le club. Il trouve Berlusconi trop jeune, désapprouve son appartenance à la loge PII et puis d’où vient l’argent ?

Deuxième échec

Durant l’hiver de 1981, Sandro Mazzola, devenu cadre au sein du club lombard, échafaude une idée avec Prisco et la soumet à son président. Il s’agit d’organiser un tournoi d’été sur les modèles qui existent en Espagne. C’est la naissance du Mundialito des clubs avec cinq équipes, dont les deux clubs de la cité et trois clubs invités. Mazzola démarche la RAI qui refuse de payer 40 millions pour couvrir les frais d’organisation. Mazzola et Prisco se tournent vers Berlusconi qui a entre-temps fondé sa holding, la Fininvest et créé une chaine télé hertzienne. L’entretien dure deux minutes chrono. Berlusconi interrompt Mazzola et lui annonce que Canale 5 avancera l’argent. Une fois la fin du tournoi, les deux parties partageront les bénéfices. Berlusconi n’en reste pas là. Quelques semaines plus tard, il arrache les droits de diffusion au sujet du Mundialito des nations qui se dispute en Uruguay.

Outre l’Inter et le Milan, renforcés par la présence de Johan Cruyff, Feyenoord, Santos et le Penarol complètent l’affiche. Dès lors, la machine médiatique se met en marche. Berlusconi débauche Nicolò Carosio, la voix du Calcio à la radio, pour assurer les commentaires. Disputé lors de la fin du mois de juin, le résultat ne se fait pas attendre. Le tournoi est un succès et les deux parties empochent dix fois la mise de départ. Peu après, Canale 5 signe avec les clubs de la Juventus, de la Roma et de l’Inter pour la retransmission des matches de Coupe d’Europe.

Malgré l’échec digéré quelques années auparavant, Berlusconi est resté proche de Mazzola, Prisco et du conseil d’administration de l’Inter. C’est à cette époque, au cours de nombreux repas en commun, qu’il tente de nouveau de négocier l’achat du club. Fraizzoli ne cède toujours pas à Berlusconi et désapprouve son appartenance à la loge PII et puis d’où vient l’argent ?

Troisième échec

Deux ans plus tard, la roue a tourné. L’Inter a perdu de sa superbe et Fraizzoli doit accepter le départ conjoint des vétérans Gabriel Oriali et Ivano Bordon, idoles de la tifoseria interiste et joueurs totem du club milanais. Très affecté, Fraizzoli reste sans réaction, alors que la tribune gronde. C’est alors que Berlusconi se lance de nouveau et propose à Fraizzoli de rester au sein de la société. Berlusconi accepte de ne posséder que 48 % des actions du club. Alors que tout semble réglé, Fraizzoli rejette l’offre de Berlusconi. Quelques mois après ce nouveau rejet, Fraizzoli cède le club à l’industriel Ernesto Pellegrini, spécialisé dans la restauration rapide. Amer, Berlusconi échoue aussi à acquérir le club de basket de l’Olimpia Milano. Deux ans plus tard, il peut enfin mettre la main sur un club de football, l’AC Milan. Le politique, jusqu’à là mis de côté, pointe son nez avec la reprise du club rouge et noir.

Supporter du Milan ou de l’Inter ?

À l’examen des faits, on serait tenté de croire que Berlusconi était un tifoso de l’Inter et non du Milan. Or, c’est un peu plus compliqué que ça. Milan ou Inter, il ne s’est jamais réellement posé la question, Berlusconi était avant tout un homme pragmatique. Son regard s’est tourné rapidement vers l’Inter, parce qu’il était difficile pour Berlusconi de s’investir dans l’AC Milan du fait de la présence de trop nombreux actionnaires importants au profil borderline. Une gouvernance agitée, de surcroit soutenue par les ouvriers d’Alfa Romeo et Pirelli, sans parler de la présence sur le terrain de la diva Gianni Rivera qui avait toujours son mot à dire sur le devenir du club milanais. Alors que le club de l’Internazionale était, par sa représentation et son organisation stricte et ses résultats réguliers sur le plan sportif, le club dont avait besoin Berlusconi pour son grand projet de faire du football un produit incontournable du petit écran.