25 janvier 2026

Pour en finir avec le football du Danube

Le football du Danube est un sujet qui ne fait l’objet d’aucune critique dans les milieux universitaires, journalistiques et sur les forums qui pensent faire autorité. Le football enfanté sur les rives du Danube a donné ses lettres de noblesse au football européen, si l’on en croit cet aréopage se présentant comme des hommes de vérité. Prague, Budapest et Vienne sont l’ADN du football continental, pour ne pas dire plus encore. Un aphorisme répété sans cesse qui tourne autour d’un football stylé, technique, champagne, supérieur à tout ce qui pouvait exister dans les années vingt et trente dans le monde du football. 

 Absence de critique

Plusieurs faits apparaissent à la lecture de l’historiographie du football du Danube, qui annihile la vision idéaliste de ses défenseurs. On ne trouve aucun joueur qui soit rentré dans l’histoire du football. Certes, on peut citer Mathias Sindelar ou Josef Bican. Néanmoins, il faut relativiser la valeur du premier dont l’aspect footballistique a été réévalué en raison de son histoire personnelle. Quant à Bican, la moitié de ses buts est à prendre avec des pincettes, vu le contexte dans lequel il évolua.

Méthodes

À cette époque, le football qui se joue sur les rives du Danube ne se distingue guère de ce qui se pratique en Europe de l’Ouest, néanmoins il diffère sur certains aspects. Les Danubiens ont rapidement retourné l’enseignement laissé par les techniciens britanniques, dont Jimmy Hogan, en privilégiant l’aspect tactique au positionnement des joueurs sur le terrain. Le football du Danube se caractérise aussi par des apports extérieurs nuisibles au jeu.

La corruption qui mêle arbitres, dirigeants, entraineurs et joueurs est un élément central dans le déroulement des championnats autrichien, tchèque et hongrois, car considérée comme naturelle par les locaux, ainsi que le dopage. Enfin, le jeu est rustre et violent, à l’image de ce qui se produit sur la scène européenne avec la Coupe Mitropa, une sorte de coupe d’Europe des clubs champions à l’Est, créée en 1927 par le dirigeant autrichien Hugo Meisl. On ne compte pas les rencontres émaillées par des incidents multiples liés à la violence des joueurs sur les terrains. À l’examen des faits, une question pointe à l’horizon. Pour quelle raison, cette vision d’un football du Danube « scintillant » perdure dans la mémoire des experts de toutes

Croyances

Vers la fin des années vingt, le Calcio est investi par des dizaines de joueurs, de techniciens, de masseurs, de directeurs sportifs, de conseillers en tout genre et d’agents, tous venant des rives du Danube. On constate la présence de quelques coaches, conseillers et agents de confession juive dans des formations alignées dans le Calcio. Il en est de même avec des contingents d’entraineurs et de joueurs de confession orthodoxe et protestante.

Critiquer l’héritage du football du Danube, c’est remettre en cause une méthodologie imposée par ses techniciens venus de la Mitteleuropa et qui ont imprégné au vieux continent une approche du football purement dogmatique, martial, mécanique, marquée du sceau de la corruption avec, au bout du compte, un football sous contrôle. Le fait que quelques protagonistes du football danubien aient émergé à l’international, comme Béla Guttmann, Hugo Miesl et Arpad Weisz, a en quelque sorte judaïsé le football du Danube, même si cette vision est en partie erronée, elle a tout de même contribué à écarter toute forme de débat et de critique du fait de cette liaison entre les protagonistes du football danubien et les États de type totalitaire. En Italie puis à l’Est, derrière le rideau de fer.

Calcio sous influence

Dans son ensemble, le football italien a été codifié sur le plan tactique et travaillé sur le plan des mœurs par cette masse de professionnels venus des rives du Danube, le tout avec l’aval du pouvoir fasciste. La fameuse culture d’entreprise du fait de quelques propriétaires de clubs n’a fait qu’épouser cette vision d’un football sous contrôle. Bien que Leandro Arpinati réussisse à faire passer la Carta di Viareggio, un plan de réformes qui redéfinit les statuts du Calcio, avec entre autres la fermeture des frontières aux joueurs étrangers, il fut contraint de s’incliner sur le reste. Les coaches, les cadres techniques et les agents ne furent pas concernés par ces nouvelles dispositions, laissant ainsi le football local aux mains de cette engeance du Danube qui, en terrain conquis, a imposé ses méthodes et implanté un jeu théorisé opposé aux aspirations des joueurs italiens, sans parler du reste. Ce fait fut une source de tensions entre Mussolini et Leandro Arpinati, président de la FIGC et du CONI, mais qui reste peu ou pas du tout étudié de l’autre côté des Alpes. Comme pour le reste, on préfère s’en remettre à l’histoire officielle.