25 janvier 2026

Club et religion

Le fait religieux est un thème rarement abordé dans l’histoire du football. Certes, on constate la trace du religieux dans la création de quelques clubs de football britannique, cependant, il s’est dilué avec le temps. En Écosse, le Celtic et les Glasgow Rangers incarnent cette relation au fait religieux depuis toujours. Catholiques et protestants. On remarque cette opposition dans une partie de l’Angleterre aussi, même si bon nombre de clubs suivis par des supporters d’obédience catholique ont été fondés par des protestants. Le temps et les transformations sociales, économiques et culturelles infligées au football ont eu pour effet de vaporiser le fait religieux, fort ou anecdotique selon les clubs.

Ainsi, on remarque que le club d’Arsenal, fondé puis dirigé par des hommes d’affaires d’obédience protestante, fut durant la presque totalité du XXᵉ siècle soutenu majoritairement par une assistance de confession catholique. Là encore, avec une immigration mondialisée et une volonté des dirigeants de faire du club une vitrine de l’hyperclasse, la vision du fait religieux s’est depuis éteinte. 

L’étude du club de Tottenham, voisin d’Arsenal, est toute aussi intéressante. Le club est classé par une partie de la presse et ses dirigeants actuels comme étant un club juif. Il s’agit d’une légende urbaine, une de plus dans le monde du football.

Origine

L’ensemble est sourcé. Je précise que pour les obsédés du lien, il est difficile d’être plus explicite.

https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Tottenham_Hotspur_F.C.

À la lecture du contenu, l’identité du directoire du club, de sa naissance jusqu’aux années quatre-vingt, n’est guère évoquée, voire du tout. Avec la transformation du club en société par actions vers la fin du XIXᵉ siècle, quatre hommes, commerçants et entrepreneurs, anglais et protestants, sortent du lot. Roberts, Wale, Bearman et Richardson rachètent peu à peu toutes les actions et développent le club avec la construction du stade de White Hart Lane et un centre d’entrainement. Basé dans le nord-est de la capitale, le club attire un public diversifié sur le plan social et religieux. Les juifs de la capitale, amateurs de football, fréquentent autant les stades de White Hart Lane et Highbury, l’enceinte du club d’Arsenal, le rival honni.

À la lecture des faits, on se demande d’où vient le fait de la judéité du club de Tottenham, car, comme des journalistes de confession juive l’ont souligné, 96 % des fans du club ne sont pas juifs, ainsi que les fondateurs et les propriétaires du club durant presque un siècle. En fait le premier acte survient avec la perception que la presse spécialisée se fait du club d’Arsenal. Si par la fréquentation de ses tribunes, Arsenal est catholique, alors Tottenham est juif. C’est une vision simpliste, mais qui va peu à peu être intégrée par les amateurs de football.

Le deuxième acte survient lors des années soixante-dix. Le club de Tottenham, comme l’ensemble des clubs anglais, est confronté à la montée du hooliganisme. White Hart Lane est rapidement gangrénée par de multiples petits groupes de jeunes et moins jeunes qui sèment la terreur dans les tribunes aux alentours du stade et en déplacement.

Parmi ses bandes, figure un groupe qui se fait appeler Yid Army, un diminutif qui est un raccourci de yiddish, mais qui peut se traduire par le terme de youpin, ce qui ne plait pas aux fans de confession juive qui fréquentent les travées de WHL. Alors que les factions se font et se défont, le groupuscule perdure au sein du virage durant les années 70 et 80. Toujours plus radical, les affrontements face à ceux d’Arsenal et les autres clubs londoniens sont légions. Cette activité intense de ce groupuscule confirme la perception que les amateurs de football se font du club de Tottenham.

Avec les années quatre-vingts, le club change de peau. Les descendants des familles Wale, Bearman et Richardson entrent en conflit au sujet d’un projet porté par Arthur Richardson qui préside le directoire. La plupart des clubs anglais fourbissent leurs armes. C’est à celui qui sera le plus moderne dans les années à venir. Richardson est partisan de raser la vénérable tribune d’honneur qui date de 1912 pour la remplacer par une construction du plus bel effet entièrement assise et pourvue de deux niveaux de loges dans le but d’accroitre les revenus du club. Bearman et Wale pensent que le projet peut attendre quelques années. Richardson pense le contraire. Finalement, à force d’arguments, ce dernier emporte la décision. Le club se dote de sa nouvelle tribune, cependant, le budget initial est dépassé et le club se trouve dans le rouge, malgré les victoires en FA Cup.

Le board est cerné par la dette et l’obligation de devoir entretenir un effectif de haute qualité, sans parler de la modernisation de White Hart Lane à terme. Au moment des faits, le directoire du club fait rentrer à sa table un avocat, Douglas Alexiou, en tant que conseiller.

Quelque temps plus tard, face à l’impossibilité du directoire de renégocier la dette du club avec les banques, ce qui parait fort étrange, l’ensemble des protagonistes décident de céder leurs parts du club. Bearman puis Wale et Richardson vendent leur participation à un ensemble d’affairistes groupés autour d’un promoteur immobilier anglais basé à Monaco, Irving Scholar. Pour la première fois de son histoire, Tottenham est dirigé par un administrateur de confession juive.

Rapidement, Douglas Alexiou cède la présidence du club au promoteur immobilier anglo-monégasque. Scholar applique une méthode radicale. Il valorise le club par l’émission d’actions et la cotation en bourse, une première mondiale. Sur le terrain, Burkinshaw commence à sentir le vent tourner. Obligé de prendre en compte l’avis des nouveaux dirigeants sur la gestion de son effectif, il s’accroche et mène ses hommes à la victoire en Coupe de l’UEFA et quitte White Hart Lane le soir du sacre face au club d’Anderlecht. 

Quelques années plus tard, White Hart Lane est modernisé, mais le club a perdu tous ses joyaux et Scholar décide de passer la main suite à des difficultés économiques.  Si le patron de presse Robert Maxwell, lui aussi cerné par la dette de son empire de presse, se positionne, c’est le duo composé d’Alan Sugar, PDG d’une société informatique, et de l’ancien entraineur Terry Venables qui emporte le morceau.

Le duo ne tient pas très longtemps la route et Venables s’en va avec fracas. Sugar, seul maitre à bord, est un grand bavard et les supporters le prennent en grippe. Il n’est pas supporter de Tottenham, aime modérément le football et ne cache pas son idée de faire de l’argent avec le club. Sugar est aussi un ultrasioniste et couvre la petite frange radicale de fans, les Yids, en toute circonstance. Ce qui consolide dans l’esprit des gens que Tottenham est un club juif. Au moment d’attribuer les droits télé en championnat entre ITV et Sky, Sugar vote pour l’arrivée de Sky, car sa société est en affaires avec le groupe Sky créé par l’Australien Rupert Murdoch, d’où la présence de Sugar dans le football.

Après une décennie catastrophique, Sugar met le club en vente. Il réussit à refiler le club à la société de loisirs ENIC et à son président Daniel Levy. Plus tard, il cède le reste de sa participation à Joe Lewis, un spéculateur et ancien restaurateur qui, comme Sugar, est un ultrasioniste.

Depuis, la nouvelle direction a suivi la tendance. Un stade et un centre d’entrainement ont vu le jour. Sur le terrain, hormis une finale de C1 due au format de la Champions League, c’est le néant. Fatigué par tant d’échecs, le board a mis le club en vente. Si on excepte un milliardaire irano-américain en mal de publicité, seul QSI, la société que préside Nasser Al-Khelaifi, s’est montré intéressé par l’acquisition du club londonien.

À l’examen des faits, il est acquis que le club de Tottenham n’a jamais eu de lien avec le fait religieux, même si par sa fondation, ses créateurs et premiers administrateurs venaient de l’église ALL Hallows. En fait, les différents clubs londoniens ont enfanté et fidélisé un supportérisme basé sur des classes sociales auquel il faut ajouter la géographie. Ils n’ont jamais été affiliés à un ordre religieux, ce qui les différencie de certains clubs provinciaux.