Année 1980, le jeune Pucci « Geppo », à la tête de son groupe, investit le virage sud du stade San Siro de Milan.
Après bien des conciliabules et de nombreux échanges avec certains responsables de groupes de supporters qui s’affichent sous la bannière ultra, Giuseppe Pucci, jeune chef du CUCS Roma, prend sa plume et s’adresse à deux reprises à Italo Cucci, journaliste à l’hebdomadaire du Guerin Sportivo.
Pucci explique la naissance et le rôle positif que son groupe a engendré au stade olympique. Cucci publie ses lettres et se prend de sympathie pour la cause du CUCS et les quelques groupes qui adhèrent au fait de s’opposer au football moderne qui pointe à l’horizon. Geppo est le jeune leader du virage sud romain qui se trouve à la source de beaucoup d’innovations en matière de supportérisme. Geppo c’est aussi un brave qui aidera un jour un de ses amis tifosi de la Juventus à créer une section du groupe Fighters à Rome.
Pucci et Cucci parlent d’un manifeste qui finit par être publié. Des années plus tard, après la disparition de Pucci en 1989, Cucci apportera quelques améliorations en fonction de l’évolution du football européen.
1/ « Nous sommes contre le football moderne. » Campagne de transferts à réaliser uniquement en été et interdiction de transferts pendant le championnat ; au plus tard, marché des transferts en octobre.
2/ liberté de courir sous vers le virage pour célébrer des buts sans être averti ou sanctionné d’aucune façon : désormais, il n’y a même plus l’excuse de perdre du temps, qui est récupéré ;
3/ tous les matchs doivent être joués le même jour et à la même heure ;
4/ limiter le nombre d’étrangers dans les équipes (je n’en voudrais vraiment pas) car ils prennent de la place aux jeunes joueurs ;
5/ une interdiction d’un an pour un joueur qui, après avoir signé un contrat avec une équipe, veut partir plus tôt parce qu’une autre équipe offre plus ;
6/ impossibilité pour le président d’une équipe d’être président ou actionnaire majoritaire de plus d’une équipe de football ;
7/ rétablissement de l’ancienne Coupe des Champions : il n’est pas normal qu’une équipe qui n’a jamais remporté de championnat puisse gagner la Ligue des champions… ;
8/ numéros de maillot de 1 à 11 ;
9/ interdiction de l’exclusivité des agences de voyages pour les billets des matchs à l’extérieur ;
10/ les maillots doivent être traditionnels et ne pas être changés chaque année pour des raisons de marché ou au moins que les couleurs des deuxièmes maillots aient uniquement les couleurs du club ;
Ajout de Cucci. Les ultras devraient :
1/ refuser toute relation ou assistance de la part des clubs de football ;
2/ refuser toute « aide » de la part de la police, dont le rôle est de contrôler et non d’aider ;
3/ avoir le moins de groupes possible dans vos virages ;
4/ aller en déplacement avec vos propres moyens ;
5/ contourner toute limitation qui pourrait être imposée : comme si vous m’interdisiez d’aller aux matchs à l’extérieur, en ne m’envoyant pas de billets ou quelque chose comme ça, j’irai quand même aux matchs à l’extérieur, j’achèterai le billet là-bas et je me mettrai au milieu de la foule adverse, comme dans les années 80.

Giuseppe Pucci
Au vu des exigences légitimes et pleines de bon sens portées par Pucci et ses confrères, la volonté de faire du calcio un bien culturel commun, on se demande quel groupe ultra transalpin, mais aussi français et autre, adhèrerait sans sourciller à ce manifeste de nos jours ? Poser la question, c’est y répondre. Aucun !
L’ensemble des groupes qui militaient contre cette arrivée progressive du football moderne ont été infiltrés, détruits de l’intérieur et leurs chefs interdits de stade et marginalisés suite à la dissolution de ses groupes pour de multiples raisons. Des groupes soudoyés par les instances nationales et la gouvernance des clubs se sont substitués peu à peu à ses groupes résistants.
Pucci, Rossi et d’autres, opposés par leur couleur mais unis dans la même quête, celle du sacré.
